L'autisme de l'affection est un autisme partiel. De plus j'ai la particularité très rare d'être neuro-droitière, ce qui signifie que seules les fonctions cognitives de mon hémisphère droit fonctionnent. Cela me handicape pour vivre comme tout le monde mais me permet également d'avoir des dons que les autres n'ont pas. Si vous connaissez le film "Rain Man" vous pouvez comprendre de quel type de dons je parle.
Pour le reste, c'est la bérézina :
Lorsque je rencontre des personnes que je connais, famille ou amis, comme lorsque je rencontre des inconnus, je fais comme tout le monde, je discute et je suis même très bavarde. Mais ces discussions me hantent ensuite sous forme de délires car mon cerveau est incapable de gérer les affections et émotions provoquées par ces rencontres.
Ces délires sont douloureux et incontrôlables sans l'aide de médicaments. Imaginez un instant que vous ne puissiez pas discuter de vive voix avec quelqu'un sans tomber malade dans les jours qui suivent...
Pour me protéger j'évite au maximum les contacts réels, préférant utiliser des intermédiaires plus neutres comme les échanges par internet. Aussi suis-je très solitaire ce dont je souffre également. Trouver un juste milieu entre rencontres et solitude est difficile et ne me permet pas d'avoir une vie normale.
Ainsi, par exemple, je n'ai jamais pu fonder une famille, je n'ai pas non plus d'activités associatives, et le nombre de mes amis est très limité.
J'ai également cessé de travailler en 1998 en raison d'un stress trop important. De plus, dans mon emploi j'étais incapable de travailler d'une façon normale : au lieu d'effectuer les tâches qu'on me confiait, je prenais des initiatives et faisait toujours autre chose à la place. J'avais aussi de longs moments d'absence où je me réfugiais dans mon monde pendant mes heures de travail, on me disait alors "dans la lune" et on me reprochait mon inactivité.
A l'époque où j'étais scolarisée, j'étais incapable de suivre le programme scolaire : lorsque j'apprenais mes leçons j'avais de mauvaises notes. Par contre lorsque je me formais moi-même en autodidacte selon ce qui m'intéressait sur le moment mais ne correspondait pas au programme, j'avais de bonnes notes. Les méthodes d'enseignement étaient tout simplement inadaptées pour une personne comme moi qui réfléchit en n'utilisant que l'hémisphère droit de son cerveau.
Autre problèmes : Je suis incapable de m"adapter au moindre changement d'environnement, pour cette raison je ne peux jamais partir en vacances. J'ai déjà essayé mais je suis très perturbée à chaque fois et je ne peux donc en tirer aucun profit.
Une chose à laquelle peu de personnes pensent : Un autiste ne peut pas conduire, et quand on vit seul, comme moi, ce n'est pas simple de devoir se débrouiller sans véhicule alors que toutes les infrastructures de nos sociétés modernes sont conçues pour des personnes pouvant se déplacer normalement avec leur véhicule personnel. Mes moyens de locomotion se limitent à la marche et les transports en commun qui ne me permettent pas toujours de me rendre où je veux.
Eviter le repli sur soi est le but de la thérapie dans tout autisme et nécessite des structures adaptées proposant un environnement protégé. Malheureusement de telles structures font défaut, je n'en bénéficie donc pas.
J'ai cependant une aide médicale dans ma vie dont je vous ai mis la photo en tête de cet article : ma chienne Lara, femelle beauceron dressée pour m'accompagner dans mon handicap. ( J'ai un handicap reconnu de 80%) Chacun connait le rôle primordial des animaux dans le traitement de l'autisme, un chien a de plus l'avantage de pouvoir être dressé et de percevoir l'activité électrique du cerveau de son maître. Tout comme il existe des chiens pour épileptiques, Lara est éduquée pour accompagner une autiste. Son rôle comme vecteur social, tout comme son rôle de protection me sont indispensables... Et puis je l'adore !!!